Qu'est-ce que Microsoft Recall et pourquoi inquiète-t-il ?
Microsoft Recall, lancé en mai 2024 puis remanié jusqu'en 2026, est une fonctionnalité intégrée aux Copilot+ PC sous Windows 11 version 24H2 et ultérieures. Son principe : capturer automatiquement des instantanés de votre écran toutes les 3 à 5 secondes, puis analyser ce contenu via intelligence artificielle locale pour permettre des recherches sémantiques dans l'historique complet de votre activité.
Concrètement, Recall enregistre tout ce qui apparaît à l'écran — documents Word, onglets Chrome, conversations WhatsApp, données bancaires, e-mails confidentiels — et stocke ces captures dans une base SQLite locale, accompagnée d'une indexation OCR (reconnaissance optique de caractères) et d'une analyse sémantique par modèles d'IA embarqués.
Fonctionnement technique
La technologie repose sur plusieurs composants :
- NPU (Neural Processing Unit) : puce dédiée à l'IA présente sur les Copilot+ PC (Snapdragon X Elite/Plus, Intel Core Ultra série 2, AMD Ryzen AI) qui traite localement les captures
- Base de données locale : stockage dans C:\Users\[nom]\AppData\Local\CoreAIPlatform.00\UKP avec chiffrement BitLocker (mais accessible durant la session ouverte)
- Indexation sémantique : extraction du texte, identification d'objets, création d'un index interrogeable en langage naturel
- Timeline visuelle : interface permettant de « remonter le temps » et retrouver visuellement n'importe quelle activité passée
Attention : Même si Microsoft affirme que les données restent locales et ne transitent jamais par le cloud, plusieurs experts en sécurité ont identifié des vulnérabilités critiques. En juin 2024, le chercheur Alex Hagenah a démontré qu'un malware pouvait extraire la base Recall en quelques secondes. Microsoft a alors retardé le déploiement pour renforcer la sécurité avec Windows Hello et un chiffrement VBS (Virtualization-Based Security).
Risques pour la confidentialité
Les préoccupations des utilisateurs professionnels et organisations sont multiples :
- Exposition de données sensibles : mots de passe visibles, informations bancaires, documents confidentiels, données médicales
- Conformité RGPD : la capture systématique de données personnelles soulève des questions juridiques pour les entreprises européennes
- Risque d'exfiltration : un attaquant accédant à votre session Windows peut extraire des mois d'activité en une seule fois
- Surveillance en entreprise : possibilité théorique pour les administrateurs IT de récupérer l'historique complet d'un employé
- Fuites accidentelles : partage d'écran lors de réunions pouvant révéler l'interface Recall avec informations privées
En février 2026, le cabinet Gartner estimait que 68 % des entreprises européennes envisageaient de désactiver Recall sur leurs parcs informatiques, principalement pour des raisons de conformité réglementaire et de sécurité.
Comment désactiver Microsoft Recall : méthodes complètes
Microsoft propose désormais plusieurs niveaux de désactivation, depuis l'interface graphique jusqu'aux stratégies de groupe pour administrateurs. Voici toutes les approches, classées par niveau de contrôle et permanence.
Méthode 1 : Désactivation via les Paramètres (niveau utilisateur)
Depuis la mise à jour Windows 11 24H2 (octobre 2024), Microsoft a rendu Recall désactivé par défaut et entièrement opt-in. Voici comment vérifier et désactiver la fonctionnalité :
- Ouvrez Paramètres Windows (Windows + I)
- Accédez à Confidentialité et sécurité
- Cliquez sur Recall et instantanés (ou « Recall & snapshots »)
- Désactivez le commutateur « Enregistrer des instantanés »
- Cliquez sur « Supprimer tous les instantanés » pour effacer l'historique existant
- Décochez également « Analyser le contenu sensible » si présent
Bonne nouvelle : Cette méthode est totalement réversible et ne nécessite aucune compétence technique. Elle convient parfaitement aux utilisateurs particuliers sur leur PC personnel. L'interface permet également de définir des exclusions pour certaines applications (navigateurs en mode privé, gestionnaires de mots de passe).
Limite : Sur un PC professionnel géré par stratégie de groupe, les paramètres utilisateur peuvent être écrasés par la politique IT. Cette désactivation n'empêche pas non plus une réactivation accidentelle ou lors d'une mise à jour majeure.
Méthode 2 : Blocage via le Registre Windows (niveau système)
Pour une désactivation plus robuste qui persiste même après les mises à jour, la modification du Registre reste la solution privilégiée par les utilisateurs avancés :
- Appuyez sur Windows + R, tapez
regeditet validez - Naviguez vers HKEY_LOCAL_MACHINE\SOFTWARE\Policies\Microsoft\Windows\WindowsAI
- Si la clé WindowsAI n'existe pas, créez-la : clic droit sur Windows → Nouveau → Clé
- Dans WindowsAI, créez une nouvelle valeur DWORD 32 bits
- Nommez-la DisableAIDataAnalysis
- Définissez sa valeur à 1 (double-clic)
- Créez également une seconde valeur DWORD : TurnOffWindowsRecall avec la valeur 1
- Redémarrez votre PC
Pour les utilisateurs avancés : Automatisez cette modification en créant un fichier .reg. Copiez le code suivant dans un fichier texte, enregistrez-le avec l'extension .reg (exemple : « DesactiverRecall.reg »), puis double-cliquez pour l'exécuter :
Windows Registry Editor Version 5.00
[HKEY_LOCAL_MACHINE\SOFTWARE\Policies\Microsoft\Windows\WindowsAI]
"DisableAIDataAnalysis"=dword:00000001
"TurnOffWindowsRecall"=dword:00000001
Cette méthode empêche le service Recall de se lancer, même si l'option est activée dans l'interface. Particulièrement efficace pour les utilisateurs individuels disposant de droits administrateur.
Méthode 3 : Stratégies de groupe (environnement professionnel)
Pour les administrateurs IT gérant des parcs de Copilot+ PC en entreprise, la désactivation centralisée via GPO (Group Policy Objects) constitue la solution la plus professionnelle :
- Sur le contrôleur de domaine, ouvrez Gestion des stratégies de groupe
- Créez ou modifiez une GPO liée à l'OU contenant les postes concernés
- Naviguez vers Configuration ordinateur → Modèles d'administration → Composants Windows → Windows AI
- Activez la stratégie « Désactiver Windows Recall »
- Confirmez avec « Activé » puis validez
- Forcez la mise à jour des stratégies :
gpupdate /forcesur les postes clients
Microsoft a ajouté ces modèles d'administration dans les fichiers ADMX de Windows 11 à partir de la version 24H2. Si ces options n'apparaissent pas, téléchargez les derniers modèles d'administration Windows 11 depuis le Microsoft Download Center (version janvier 2026 ou ultérieure).
Méthode 4 : Désinstallation complète (solution radicale)
Pour supprimer entièrement Recall du système, une approche PowerShell permet de désinstaller le package :
- Ouvrez PowerShell en tant qu'administrateur
- Listez les packages Recall installés :
Get-AppxPackage *Recall* | Select Name, PackageFullName - Supprimez le package (remplacez [NomComplet] par le résultat précédent) :
Get-AppxPackage *Recall* | Remove-AppxPackage - Pour empêcher la réinstallation lors des mises à jour :
Get-AppxProvisionedPackage -Online | Where-Object {$_.DisplayName -like "*Recall*"} | Remove-AppxProvisionedPackage -Online
Attention : Cette méthode est irréversible sans réinstallation complète de Windows. Certaines futures fonctionnalités Copilot pourraient dépendre des composants Recall. Microsoft déconseille explicitement cette approche et ne garantit pas la stabilité du système après suppression manuelle des packages système.
Vérification de la désactivation et nettoyage des données
Comment vérifier que Recall est réellement désactivé
Après avoir appliqué l'une des méthodes précédentes, plusieurs vérifications permettent de confirmer la désactivation effective :
- Vérification visuelle : l'icône Recall ne doit plus apparaître dans la barre des tâches ni dans la recherche Windows
- Gestionnaire des tâches : aucun processus lié à « Recall », « AISnapshots » ou « CoreAIPlatform » ne doit être actif (onglet Processus)
- Services Windows : tapez
services.mscet vérifiez que « Windows Recall Service » est arrêté et en démarrage désactivé - Événements système : dans l'Observateur d'événements (eventvwr.msc), aucun événement récent de la source « WindowsRecall » ne doit apparaître
Une vérification PowerShell rapide permet également de confirmer l'état :
Get-Service -Name "*Recall*" | Select Status, StartType
Le résultat doit afficher « Stopped » (Arrêté) et « Disabled » (Désactivé).
Suppression complète des données existantes
Désactiver Recall ne supprime pas automatiquement les captures déjà enregistrées. Pour effacer définitivement ces données :
- Via l'interface Paramètres (si encore accessible) : Confidentialité et sécurité → Recall → « Supprimer tous les instantanés »
- Suppression manuelle des fichiers (plus radical) :
- Ouvrez l'Explorateur et activez l'affichage des fichiers cachés
- Naviguez vers
C:\Users\[VotreNom]\AppData\Local\CoreAIPlatform.00 - Supprimez l'intégralité du dossier UKP (contient les bases et captures)
- Videz la Corbeille et utilisez un outil de suppression sécurisée si nécessaire
- Nettoyage du registre : supprimez également la clé
HKEY_CURRENT_USER\Software\Microsoft\Windows\CurrentVersion\Recall
Outil de vérification : Des développeurs tiers comme PrivacyHawk ont créé des scripts PowerShell open-source qui analysent votre système pour détecter toute trace résiduelle de Recall. Le script « Recall-Checker » (disponible sur GitHub) vérifie 23 emplacements différents et génère un rapport détaillé. Téléchargez uniquement depuis des sources vérifiées et examinez le code avant exécution.
Tableau comparatif des méthodes
| Méthode | Niveau technique | Permanence | Réversibilité | Environnement | Efficacité |
|---|---|---|---|---|---|
| Interface Paramètres | Débutant | Moyenne (réactivable) | Totale | PC personnel | 85 % |
| Registre Windows | Intermédiaire | Élevée (persiste aux MAJ) | Facile (modifier valeur) | PC personnel avec admin | 95 % |
| Stratégie de groupe | Avancé (IT Pro) | Très élevée (forcé centralement) | Contrôlée par admin | Domaine d'entreprise | 98 % |
| Désinstallation package | Expert | Maximale (suppression totale) | Difficile (réinstall Windows) | Utilisateurs avancés | 100 % |
| Logiciels tiers (O&O ShutUp10++) | Débutant | Moyenne à élevée | Selon l'outil | PC personnel | 90 % |
Implications pour les environnements professionnels
Conformité RGPD et réglementations sectorielles
L'activation de Recall dans un contexte professionnel soulève des questions juridiques complexes. En janvier 2026, la CNIL française a publié une note technique précisant les obligations des entreprises :
- Notification obligatoire : les employés doivent être informés explicitement de la capture d'écran et de ses finalités
- Base légale : nécessité d'un intérêt légitime documenté ou d'un consentement éclairé
- Durée de conservation : limitation stricte de la période de rétention des captures
- Droit d'accès : possibilité pour les employés de consulter et supprimer leurs données
- Analyse d'impact : DPIA (Data Protection Impact Assessment) obligatoire pour déploiement à grande échelle
Pour les secteurs réglementés (santé, finance, défense), les contraintes sont encore plus strictes. Le règlement HIPAA aux États-Unis interdit de fait l'utilisation de Recall sur les postes manipulant des données médicales, sauf configuration spécifique avec exclusion totale des applications de santé.
Recommandations pour les administrateurs IT
Les bonnes pratiques identifiées par les DSI ayant déployé des Copilot+ PC incluent :
- Désactivation par défaut : bloquer Recall via GPO sur l'ensemble du parc, puis autoriser au cas par cas
- Segmentation : limiter l'activation aux postes non critiques (marketing, formation) et jamais sur les postes sensibles (finance, RH, R&D)
- Audit régulier : scripts de vérification hebdomadaires pour détecter les réactivations non autorisées
- Formation : sensibilisation des utilisateurs aux risques et procédures de désactivation
- Alternative : privilégier des solutions de capture d'écran professionnelles avec chiffrement renforcé et conformité certifiée (ex : Teramind, ActivTrak avec options RGPD)
Cas d'usage légitimes en entreprise
Malgré les risques, certains scénarios peuvent justifier l'activation contrôlée de Recall :
- Support technique : diagnostic de problèmes utilisateurs en reconstituant l'historique d'actions
- Formation : analyse des parcours utilisateurs pour optimiser les procédures
- Productivité personnelle : pour les collaborateurs souhaitant retrouver des informations oubliées (opt-in volontaire uniquement)
- Conformité : dans certains secteurs, traçabilité des actions pour audit réglementaire (avec accord préalable)
Dans tous ces cas, une politique d'utilisation claire, un consentement documenté et des mesures de sécurité renforcées (chiffrement matériel, accès restreint) sont indispensables.
Alternatives à Microsoft Recall pour la recherche d'activité
Si vous recherchez des fonctionnalités similaires sans les problèmes de confidentialité, plusieurs alternatives existent :
Solutions natives Windows
- Historique des activités Windows : fonctionnalité existante (Paramètres → Confidentialité → Historique des activités) moins intrusive, basée sur les métadonnées des applications
- Chronologie Windows : affichage des fichiers et applications récents sans capture d'écran
- Recherche Windows améliorée : indexation du contenu des fichiers sans surveillance continue
Logiciels tiers respectueux de la vie privée
- ActivityWatch (open-source) : suivi d'activité local avec contrôle total des données, pas de captures d'écran mais analyse du temps passé par application
- Qatalog : recherche unifiée dans vos outils professionnels (emails, documents, conversations) sans surveillance d'écran
- Rewind (macOS, en développement Windows) : concept similaire à Recall mais avec chiffrement de bout en bout et architecture zero-knowledge
- ManicTime : suivi de productivité détaillé avec options de confidentialité avancées
Approche manuelle et bonnes pratiques
Pour beaucoup d'utilisateurs, des habitudes simples remplacent efficacement Recall :
- Gestionnaire de notes : OneNote, Notion ou Obsidian pour documenter les informations importantes
- Captures d'écran manuelles : outil Capture (Win + Shift + S) pour sauvegarder volontairement des informations
- Historique de navigation : utilisation de la synchronisation Chrome/Edge pour retrouver des pages consultées
- Recherche email : Outlook et Gmail offrent des capacités de recherche puissantes avec filtres avancés
- Gestionnaire de mots de passe : 1Password, Bitwarden pour centraliser identifiants et informations sensibles
Questions fréquentes sur la désactivation de Recall
Recall se réactive-t-il après les mises à jour Windows ?
Avec la méthode des Paramètres, c'est possible lors de mises à jour majeures (nouvelles versions de Windows 11). La modification du Registre ou l'utilisation de GPO offrent une protection beaucoup plus durable. Microsoft s'est engagé à respecter les choix utilisateurs, mais des cas de réactivation involontaire ont été signalés après la mise à jour 25H2 de mai 2026.
Puis-je utiliser d'autres fonctionnalités Copilot+ sans Recall ?
Oui, absolument. Recall est totalement indépendant des autres fonctions Copilot+ comme les effets Studio (arrière-plan flou IA), la traduction en temps réel, ou la génération d'images avec Designer. Désactiver Recall n'affecte pas ces capacités.
La désactivation améliore-t-elle les performances ?
Oui, modérément. Recall utilise en continu 2 à 5 % de CPU et 500 Mo à 2 Go de RAM selon l'activité. Sa désactivation libère ces ressources, particulièrement notable sur les configurations avec 16 Go de RAM ou moins. L'espace disque récupéré peut atteindre 25 Go après quelques mois d'utilisation.
Comment savoir si mon PC est compatible Recall ?
Seuls les Copilot+ PC équipés d'un NPU (Neural Processing Unit) avec au moins 40 TOPS (trillions d'opérations par seconde) peuvent exécuter Recall. Cela inclut les processeurs Snapdragon X Elite/Plus, Intel Core Ultra série 2 (Lunar Lake et Arrow Lake), et AMD Ryzen AI 300. Les PC plus anciens ne sont pas concernés.
Microsoft peut-il forcer l'activation de Recall ?
Juridiquement et techniquement non, surtout en Europe où le RGPD impose le consentement explicite. Microsoft a confirmé en mars 2025 que Recall resterait opt-in (activation volontaire) suite aux pressions des régulateurs. Toutefois, des fenêtres promotionnelles peuvent apparaître régulièrement pour inciter à l'activation.
Faut-il un antivirus spécifique après désactivation de Recall ?
Non, la désactivation de Recall n'affecte pas la sécurité de Windows 11. Continuez à utiliser Windows Defender (intégré et suffisant pour la plupart des utilisateurs) ou votre solution antivirus habituelle. La désactivation de Recall améliore plutôt votre sécurité en réduisant la surface d'attaque.
Conclusion : reprendre le contrôle de votre confidentialité
Microsoft Recall représente une avancée technologique impressionnante en matière de recherche par IA, mais les implications en termes de confidentialité et de sécurité sont considérables. Pour la grande majorité des utilisateurs, particuliers comme professionnels, les risques dépassent largement les bénéfices.
Les trois méthodes présentées — interface Paramètres, Registre Windows et Stratégies de groupe — offrent des niveaux de protection adaptés à chaque profil :
- Utilisateurs particuliers : désactivation via Paramètres, complétée si besoin par la méthode Registre
- Utilisateurs avancés : modification du Registre ou désinstallation complète du package
- Administrateurs IT : déploiement de GPO avec audit régulier et formation des utilisateurs
N'oubliez pas de supprimer les données existantes après désactivation et de vérifier régulièrement que Recall reste bien désactivé, particulièrement après les mises à jour majeures de Windows.
La protection de votre vie privée numérique passe par une vigilance constante et des choix éclairés. Face à des fonctionnalités comme Recall, exercer votre droit de refus demeure votre prérogative fondamentale — et ce guide vous donne tous les outils pour le faire efficacement.

